Une
des bases de la fraternité entre les hommes passe par ces deux mots
… j’allais écrire ces « maux » …
En
effet l’un comme l’autre sont claviculaires s’il l’on veut
pratiquer le respect, donner de l’attention, suggérer de l’amour
et plus généralement créer les conditions d’échanges
harmoniques entre les hommes ? … précisons : « entre
le vivant » …
Dans le langage des oiseaux « Savoir » et « Connaître »
se transforment en « Voir ça » et « Naître avec »
…
Revenons
quelques instants sur la création du langage. Nous le savons, les
mots que nous utilisons sont le fruit d’une longue histoire que les
linguistes découvrent (Langage des dieux, le « croissant
fertile » et ses tablette sumériennes, les langues sémites et
notamment celle de l’ancienne Égypte et la langue hébraïque, le
sanskrit sans oublier le foisonnement des langues indo-européennes
d’où nous sommes issus ...) En tous les cas, au « début
était le verbe » comme l’explique certaines sources
initiatiques voire religieuses. Le verbe était vibration … le
vibration crée toute réalité, qu’elle soit physique, tangible,
mesurable mais aussi, le sentiment, l’état d’être et même,
dit-on, serait-il porteur d’un souvenir que notre (nos)
conscience(s) ne perçoivent plus depuis l’arrivée de la
civilisation dite « moderne » , celle où le « bit »
devient roi et ou l’intelligence de référence pourrait devenir
« artificielle ». Lacan nous propose une belle piste de
compréhension de l’humain lorsqu’il écrit que l’homme est
articulé en « Réel », en « Symbolique » et
… en « Imaginaire ».
Ainsi
le sujet de notre épisode devient complexe ! Et, du coup
l’exercice de la fraternité aussi.
En
effet comment être fraternel si l’on ne sait pas … si l’on ne
connaît pas ?
Les
liens qui relient les hommes sont subtils et ceux d’où surgit la
compassion nécessitent d’être forgés de façon consciente et
volontaire …
Alors
examinons les mots « Savoir » et « Connaître »
tel que nous le rapporte les historiens du verbe.
« Savoir »
Il
viendrait d’une altération du latin classique « sapere »
qui désignait le fait « d’avoir du goût » ou
« d’exhaler une odeur ». Plus généralement « sentir
par le sens du goût ». Ainsi, par transposition allégorique,
« avoir une intelligence des choses, avoir du jugement, être
sage ». Ce terme « savoir » aurait un équivalent
germanique « afsebbian » qui désignerait des fonctions
« d’apercevoir » ou de « remarquer ».
Le
latin classique fait référence au terme « scire » dont
le participe passé donne « Sciens » …
Aujourd’hui,
la définition générale retenue est :
« avoir
connaissance de quelque chose »,
« avoir la possibilité
de faire » (apprentissage),
« avoir été informé »,
« être capable de » …
« à
savoir » est une locution conjonctive de coordination inspirée
du mot « sçavoir » utilisé en 1658
Comme
le lecteur de ce billet pourra le constater … nous frisons la
confusion entre « savoir » et « connaissance » !
Que
dirons-nous, alors, du mot « connaissance » ?
Ce
mot vient de « conoistre » (1050), issu du latin
« cognoscere » formé du mot « noscere »
(Gnose) préfixé par « cum » qui est une valeur
« Inchoative ». Le terme « Inchoative »,
désigne une forme verbale qui indique que l’action (qui lui est
attachée) est envisagée soit dans son commencement soir dans sa
progression.
« Connaissance »,
un mot magnifique que l’on retrouve sous une forme Grecque sur le
fronton du temple de Delphes « Gnôthi seauton »
(nosce
te ipsum)
… la grande fortune philosophique du « Connais-toi
Toi même ».
Sa
version plus complète devait être « Connais-toi toi-même et
tu connaîtras l’univers » et les dieux ? Platon
présente cette assertion venant de Socrate. Ce dernier pratiquait
une méthode d’interrogations et de dialogues propre à faire
surgir une conscience personnelle et individuelle aux interlocuteurs.
Aujourd’hui nous désignerions cette méthode par « la
maïeutique ».
Le
français actuel, constatant une confusion fréquente entre savoir et
connaissance lui substitue le terme « reconnaître »
(reconnaître la valeur d’un savoir, d’une pratique, …)
Au
12ème siècle le terme « connaître » exprimait même
l’idée « de designer une relation charnelle avec un être ».
Acception encore utilisé aujourd’hui dans le monde du droit.
Après
la lecture de ces quelques lignes il est encore bien difficile de
distinguer les forces opératives et distinctives de chacun de ces
« mots ».
Que
nous dit Claude Duneton, féru de l’expression imagée ?
-
« Savoir »
>
15ème siècle : Il est hors de page « estre assez
sçavant, et n’avoir plus guère à peiner en un exercice ».
>
Je sais de quel pied il cloche : « être conscient de sa
façon de procéder ».
>
Il sait chanter au lutrin : « il n‘est pas tout à fait
ignorant ».
-
« Connaître »
>
1867 – Ne pas se moucher sur sa manche : « être
expérient, malin ».
>
Connaître le godan : « savoir de quoi il s’agit, pour
ne pas se laisser prendre à un mensonge »
>
Fin comme un merle
Les
oiseaux nous parlent et nous l’avions dit dès notre introduction …
« Savoir »
pourrait être vu comme « Voir ça » et « Connaître »
comme « naître avec » …
Ainsi
une des clefs de compréhension des nos deux termes serait celle-ci :
-
« Voir ça » suggérerait l’acquisition des éléments
d’évaluation des choses, des faits, des situations par l’analyse
objective ou non, l’application de règles, le repérage
d’équations ou de liens formant le réel, le symbolique voire même
l’imaginaire … permettant de comprendre une situation dans sa
plus grande complexité
- « Naître
avec » suggérerait de se penser comme l’héritier d’un
ensemble d’informations, de situations vécues, donnant sens pour
la vie formée d’action, de réaction, d’entreprise, d’évolution,
d’involution, de sources de futur, individuelles, voire
collectives. Ceci pour se placer dans le temps qui coule et se
diriger selon son projet personnel même inscrit dans un projet
collectif.
Savoir
et connaître touchent ainsi tous les champs d’existence. L’un
accumule la « materia prima » de la réflexion, l’autre
la transforme en expériences vécues et utiles pour élaborer un
devenir. Là, barre est haute pour l’être conscient qui cherche à
devenir maître de toutes situations !
L’ambition
est immense mais nos oiseaux sont là pour nous parler !
Il convient de ne pas être trop long … alors disons simplement
ceci :
- le
Simorgh

Il nous vient de la mythologie Perse et Kurde. Il est un oiseau
mythique qui aurait vécu trois destructions du monde !
Il incarne l’union du ciel et de la terre et niche dans l’arbre
du savoir. Lorsqu’il s’envole il répend sur la terre les graines
de celui-ci, ainsi distribut-il le savoir à l’humanité toute
entière. De la même manière il guérissait toutes les souffrances.
Il est alors un parfait symbole de fertilité et de transmission au
sein de la diversité de la vie.
-
Gamayun

Voici un oiseau prophétique associé à la culture Russe, il possède
une tête de femme. Sa vie se situe entre le monde de la Vie et celui
de la Mort. Belle source d’informations s’il en est. Ainsi,
est-il le symbole de la sagesse, de la connaissance. Il est
révélateur de la Vérité et accompagne les destins. Sa mission est
d’être un révélateur de la condition humaine et le chantre de la
conservation de la sagesse.
- le
Phénix

Enfin l’oiseau de feu primordial, l’incarnation du Dieu « Râ »
de l’ancienne Égypte mais aussi, le symbole du Benou, intégrateur
de tous projets, de toutes sciences, de toutes forces créatives du
monde manifesté. Il est d’une longévité extrême. Est-il
détruit ? Il renaît de ses propres cendres. Il symbolise les
cycles et notamment celui de la Mort et de la Renaissance … il
suggère une constante résilience.
Ne donnons point de conclusion mais soyons assurés que ces trois
oiseaux nous guident sur notre court chemin … à la recherche de
vérité, de sens, de désirs de sagesse, de forces, de beauté et
surt
out
de chaleur humaine face à une adversité construite sur l’ignorance
érigée en système d’asservissement et sur la spoliation en tout
genre.
Le savoir acquis, la connaissance ignée ou acquise, le besoin de
l’autre seront les trois outils pour ré-enchanter le monde
Que le compas qui enveloppe le tout , s’unisse avec l’équerre
pour accomplir toutes formes et que les deux syntonisent avec la
règle qui participe à l’évolution harmonique du monde que nous
habitons
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